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 Les chiffonniers du Caire

Profession : Zabaleen

13 Janvier 2009, 12:15pm

Publié par Les chiffonniers du Caire

Le fil ténu de l’émancipation

Ashraf Khalil, au Caire

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Les adolescentes manient les ciseaux,
puis le crayon.








«Quand une jeune fille rapporte de l’argent
à la maison, elle est valorisée et gagne le droit d’avoir son mot à dire sur sa propre vie»








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Suivre les cours n’empêche pas les adolescentes de continuer à trier les ordures.








Un gros effort gouvernemental

En 1991, le gouvernement du président égyptien
Hosny Moubarak a fait de l’éducation sa grande priorité et a lancé un vaste projet dans le but de vaincre l’analphabétisme. La situation l’exigeait: la moitié des adultes ne savaient ni lire ni écrire (36% des hommes et 61% des femmes en 1995) et les écoles existantes, souvent vétustes, étaient surchargées (jusqu’à 70 élèves par classe).
Depuis, plus de 7 000 établissements scolaires ont été construits et environ 120 000 professeurs ou instituteurs ont été embauchés et formés. L’effort va de la maternelle, où les effectifs scolaires ont augmenté de 30% en cinq ans, jusqu’à l’université, avec un accent particulier sur le secondaire (hausse des effectifs de 45% dans le même temps). Aujourd’hui, le taux d’inscription est de 100% dans le primaire et de 74% dans le secondaire.
Pour des raisons culturelles et financières (bien que l’école publique soit gratuite en Egypte), les familles préféraient scolariser leurs garçons. Afin de tenter de rattraper le retard des filles, plus d’un millier de classes ont été spécialement ouvertes pour elles en milieu rural, où leur scolarisation était encore plus rare que dans les villes.
Beaucoup reste encore à faire: selon les données de l’Unesco, un tiers des adolescents âgés de 15 à 19 ans sont «sans scolarité», une proportion qui atteint 45% en milieu rural. Et la croissance démographique exige que l’effort reste soutenu.








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Un atelier de tissage devenu autogéré.






Profession: zabaleen

L’histoire des «villages-décharges» remonte au début des années 40, avec l’arrivée massive dans les faubourgs du Caire de paysans sans terre, pauvres et illettrés, originaires pour la plupart de la province méridionale d’Assiout, à 400 kilomètres de la capitale.
Pour subsister, ces migrants se sont faits éboueurs ou chiffonniers (zabaleen en arabe). Tous les matins, ils faisaient le tour de la ville sur une charette tirée par un âne, s’arrêtant à chaque porte pour ramasser les ordures.
Chaque foyer payait une somme mensuelle, qui allait presque intégralement dans la poche des intermédiaires contrôlant et assignant les tournées de ramassage. Pour les zabaleen, le bénéfice était ailleurs. Ils ramenaient les ordures chez eux et triaient avec leur famille tout ce qui était récupérable (papier, plastique, bois, métal, verre, tissu) pour le vendre aux centres de recyclage. Les déchets organiques et les reliefs des repas servaient de pitance à leurs cochons et leurs chèvres, qui nourrissaient à leur tour les familles. Presque tous les zabaleen du Caire sont chrétiens. La majorité musulmane d’Égypte répugne à manger du porc, un des rares animaux domestiques qui mange des ordures.
En 50 ans, ce système de recyclage a peu changé. Les zabaleen qui peuvent se le permettre ont remplacé leur âne par un véhicule et se sont équipés d’une machine à découper les plastiques. L’APE estime que les zabaleen manipulent près de 3 000 tonnes de déchets par jour — ceux d’environ un tiers de la population du Caire, qui compte 13 millions d’habitants. Plusieurs villages-décharges subsistent à la périphérie de la métropole. Le plus important est Mokattam (17 000 habitants), où les zabaleen manutentionnent
1 200 tonnes d’ordures par jour.

Dans les «villages-décharges» de la capitale égyptienne, une association attire les adolescentes avec la promesse d’un revenu, puis les alphabétise et les émancipe.

L’astuce consiste à leur faire passer la porte de l’Association pour la protection de l’environnement (APE) du Caire. Alors commence l’apprentissage et le changement social. Depuis plus de 10 ans, l’APE œuvre pour l’amélioration des conditions de vie des adolescentes et des jeunes femmes qui vivent du ramassage des ordures à la périphérie de la capitale égyptiennne.
A l’origine, le projet de l’APE était clairement pédagogique: offrir des cours d’alphabétisation et permettre une relative autonomie sociale à des jeunes filles qui en étaient privées. Son originalité — et, d’après ses créateurs, la clé de son succès — réside dans la façon peu orthodoxe dont il atteint ses objectifs.
L’APE propose aux adolescentes d’améliorer le quotidien de leur famille en tissant de petits tapis et des tapisseries avec des chiffons. Les candidates apprennent du même coup, presque malgré elles, l’alphabet, l’hygiène, la puériculture et l’autosuffisance.
«Elles viennent ici pour se faire de l’argent et elles apprennent sans s’en rendre compte, explique Samara Abu Seif, une bénévole attachée de longue date au projet. Ce programme fonctionne bien parce qu’il prend appui sur des activités qui sont familières aux adolescentes; il ne s’agit pas de cours imposés par des étrangers bien intentionnés.»
La vie dans les bidonvilles de chiffonniers (voir encadré) offre peu de perspectives sociales aux femmes. Ce sont les hommes (pères et fils) qui gèrent les tournées de ramassage. Les mères et leurs filles trient manuellement les ordures. Les petites filles peuvent accompagner leurs pères en tournée jusqu’à ce qu’elles soient pubères. Après, la coutume leur impose de rester à la maison pour protéger l’honneur familial. Les familles qui peuvent se permettre de scolariser leurs enfants envoient d’abord les garçons à l’école. On marie les filles très jeunes (15 ans, voire moins), le plus souvent sans leur demander leur avis, et on attend d’elles qu’elles mettent au monde des enfants sans tarder.
«Il est très difficile d’aider les très jeunes filles à s’autonomiser parce qu’elles ne sont pas habituées à dire “non” ou à agir selon leur propre intérêt», déplore Shadia Iskander, une bénévole de l’APE.
Cet organisme avait déjà monté, dans les villages-décharges, un programme visant à utiliser le fumier des porcheries pour le transformer en compost. En concevant leur projet «Tissage et éducation», les responsables de l’APE ont misé sur la carotte et le bâton. «Quand une jeune fille rapporte de l’argent à la maison, elle est valorisée et gagne le droit d’avoir son mot à dire sur sa propre vie», résume S. Abu Seif.
Les premières candidates ont été recrutées parmi les diplômées (non mariées et sans enfants) d’une l’école d’alphabétisation dépendant d’une église, ainsi que dans la rue, parmi les adolescentes occupées à trier les ordures, dans le bidonville de Mokattam. Certaines mères hésitaient à laisser leurs filles participer à ce mystérieux programme, mais les organisateurs ont fait valoir qu’elles allaient rapporter à la maison 40 livres égyptienne (12 dollars) par mois et que la souplesse de l’emploi du temps permettrait aux adolescentes de continuer à trier les ordures chez elles. «Au début, nous avons eu beaucoup de mal à convaincre les familles de laisser leurs filles venir à nous, se souvient S. Abu Seif. Maintenant, nous avons une liste d’attente.»
Dès leur inscription, les jeunes filles apprennent l’importance de l’hygiène personnelle et découvrent la fierté que l’on éprouve à soigner son apparence. «D’emblée, nous leur disons: “Venez propres tous les jours. Tisser un tapis propre signifie arriver avec des vêtements propres et travailler dans un environnement propre”», explique S. Abu Seif.

Patience et discipline
Le simple apprentissage du tissage des chiffons (des chutes données par les usines de vêtements) exige de l’initiative et de l’indépendance d’esprit. Travailler sur le métier requiert patience et discipline. Les personnes chargées du contrôle de la qualité déduisent de la paye des jeunes filles les travaux mal faits, ce qui les incite à acquérir le souci de la précision et du détail. Le simple fait de choisir la couleur de leurs chiffons stimule en elles, peut-être pour la première fois, une certaine forme de créativité.
L’une des conceptrices du projet, Leila Iskander Kamel, a noté que la manipulation des ciseaux pour couper les chiffons préparait à la bonne tenue d’un crayon, pour l’apprentissage de l’écriture. Les cours d’alphabétisation et d’arithmétique sont facultatifs, mais les organisateurs du programme savent comment motiver les filles pour qu’elles y assistent. «On leur demande de mesurer 80 cm de tissu. Elles ignorent ce que représente cette mesure. Alors on leur dit: Vous le saurez en assistant au cours», rapporte S. Abu Seif. Et pour toucher leur paye, elles doivent signer le registre. Si elles en sont incapables, on leur propose aussitôt de le leur apprendre.
Tous les prétextes sont bons pour trouver des motivations financières à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Les ventes de tapis organisées dans les hôtels chics ou les jardins privés sont des événements à ne pas manquer aux yeux des jeunes filles. Celles qui ne savent pas lire les listes de prix ne peuvent pas tenir les stands. Elles ratent donc une sortie. Savoir lire et écrire, ou du moins, savoir lire les chiffres, devient un but assorti d’une récompense tangible. Et les tapis avec des lettres tissées se vendent plus cher que les autres dans les hôtels et les bazars pour touristes. Les filles reçoivent un bonus pour chaque lettre tracée — deux livres égyptiennes par lettre anglaise, trois par lettre arabe (plus difficile).

Recul de l’excision
Pendant les cours d’hygiène, le délicat problème de l’excision est abordé. On souligne aussi l’importance d’attendre au moins 17 ou 18 ans avant de songer à la maternité.
En 10 ans, l’APE a formé plus de 700 adolescentes, dont environ un quart est capable de lire et écrire couramment. Une étude auprès des lauréates du programme révèle, selon Leila Kamel, des changements importants dans leurs comportement sociaux: 64% des femmes mariées disent pratiquer le contrôle des naissances et 70% des adolescentes célibataires affirment qu’elles n’exciseront pas leurs filles.
Le programme initial s’est enrichi. Au tissage de tapis, s’ajoutent maintenant un programme de couvertures piquées en patchwork pour les femmes mariées et une opération de recyclage du papier.

Changer les mentalités
Signe flagrant de succès: l’école de tissage, devenue autonome, est dirigée presque entièrement par une équipe de lauréates du programme. Les bénévoles de l’APE y passent deux fois par semaine mais la gestion au quotidien est le fait d’anciennes élèves. L’une d’entre elles, Yvonne Azer, mesure le chemin parcouru: «On est toutes nées dans les ordures. Aucune d’entre nous n’allait à l’école. Souvent, on n’était jamais sorties de notre quartier avant de s’inscrire au programme.» Samia Wadia, membre du personnel de l’APE ne savait ni lire ni écrire lorsqu’elle s’est inscrite. Elle envisage maintenant de faire des études de commerce.
L’APE est consciente que changer la mentalité des adolescentes de Mokattam ne suffit pas. Certaines d’entre elles se heurtent à leurs parents lorsqu’elles soumettent leurs «nouvelles idées». L’APE veille donc à ce que les familles soient impliquées... par le biais d’incitations financières. Des fonds sont parfois collectés pour «permettre» à des adolescentes d’attendre jusqu’à 18 ans avant d’avoir un enfant. «Même si on ne change pas le sort de l’adolescente dans sa famille, estime Yvonne Azer, on sait que, quand elle se mariera, elle apportera ses idées nouvelles dans son foyer et qu’elle les transmettra à la génération future».







Des cours pour trouver du travail

Les chômeurs et les jeunes à la recherche d’un premier emploi manquent souvent d’expérience pour trouver du travail, sur un marché parfois saturé. A partir de ce constat, plusieurs organismes publics ou privés sont apparus ces dernières années. Leur mission: enseigner des stratégies destinées à faciliter l’intégration dans la vie active.
Le réseau EURES (Service européen de l’emploi) recueille ainsi, auprès de ses 17 Etats membres
1, quantité d’informations sur le marché de l’emploi au sein de l’espace économique européen. Toute personne ayant un projet dans l’un de ces pays peut le soumettre à un «euro-conseiller», qui en étudie la faisabilité.
Dans chaque pays, les organismes reliés à ce réseau proposent aux chômeurs des cours pour trouver du travail. Avant de «vendre» ses compétences, tout candidat doit préalablement étudier les segments du marché de l’emploi qui l’intéressent. C’est ce qu’explique Denise Lossel, consultante auprès de l’association française privée APEC, spécialisée dans l’emploi des cadres. «Nous commençons par inciter les participants à définir leurs aptitudes, puis nous les guidons dans la mise au point d’un projet professionnel adapté au marché.»
Ce processus est essentiel avant de passer à l’action, souligne Martine Cantenys, qui organise des ateliers destinés chômeurs, au sein de l’Association nationale française pour l’emploi (ANPE). «Nous apprenons aux candidats à élaborer leur curriculum vitae et à rédiger des lettres de candidature spontanée ou de réponse aux offres d’emploi. Nous simulons même des entretiens personnels que nous enregistrons sur vidéo pour les analyser.»
En Espagne, l’INEM (Institut national de l’emploi) offre en outre un service spécial visant à aider les candidats à surmonter les blocages psychologiques susceptibles de nuire à leur recherche d’emploi. Une initiative analogue existe à Santos, au Brésil, où une bourse du travail (centralisant les offres et les demandes d’emploi) propose également une assistance psychologique aux chômeurs, afin qu’ils retrouvent leur confiance en eux-mêmes et soient en mesure de vendre leurs capacités.


1. Les Quinze de l’Union européenne, auxquels s’ajoutent l’Islande et la Norvège.

Le Courrier de l'UNESCO

source : http://www.unesco.org/courier/1998_12/fr/apprend/txt1.htm





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