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 Les chiffonniers du Caire

Égypte : les chiffonniers coptes du Caire s'éclairent au solaire

30 Juillet 2013, 12:57pm

Publié par Les chiffonniers du Caire

Philippe Mabille | 29/07/2013, 14:30 - 637 mots

Au Caire, les chiffonniers coptes sont en train de réaliser la première écocité d'Afrique du Nord. Des panneaux photovoltaïques y alimentent l'éclairage public dans l'un des quartiers les plus pauvres de la capitale égyptienne. Suite de notre dossier Spécial Méditerrannée.

Nous sommes au Caire, ville de plus de 16 millions d'habitants, aujourd'hui sous la menace d'un risque de guerre civile entre les Frères musulmans, partisans de l'ex-président Morsi et le reste de la population qui espère une transition démocratique qui ne vient pas, à l'ombre d'un quasi-coup d'État militaire. Nous sommes au Caire donc, plus précisément sur la rive droite du Nil, au sud de la place Tahrir, où vit, au bord de la vieille ville médiévale, sur la montagne de Moqattam, une communauté appartenant à la plus importante minorité religieuse d'Égypte, les Coptes.

Ils sont venus, par milliers, dans les années 1970, des plaines fertiles d'Assouan, chercher une vie moderne. Ils ont bâti un village, sorte de favela improvisée, dans ces carrières de pierre qui ont servi à construire les pyramides et les monuments de l'ancienne ville. Personne ne s'était installé avant eux dans ces collines dangereuses, friables, devenues au fil du développement anarchique de la capitale un immense dépotoir nauséabond...

Ce sont les chiffonniers du Caire, et personne ne s'intéressait à eux. Dans cette terre de personne, ils ont construit une économie circulaire, recyclant les déchets de la ville pour les revendre. Ils travaillent tout, le papier, le chiffon, les plastiques et les verres et même le métal à l'aide de machines. Ils font leur vie avec tout ce que les autres jettent, en volant l'électricité pour s'éclairer la nuit. Les vieilles baraques de tôle sont devenues à la troisième génération de plus solides maisons, en tout cinq ou six quartiers où vivraient plus de 2 millions d'habitants.
Cette population pauvre, chrétienne orthodoxe, a pourtant réalisé avec l'aide de la Fondation Locus un petit miracle de technologie. Alors que Le Caire subit en permanence des coupures d'électricité, la place principale de ce village de Moqattam est la seule à être toujours éclairée, la nuit. Et cela parce que cette communauté a monté, un éclairage public alimenté par des panneaux photovoltaïques. Opérationnel depuis novembre 2012, ce projet innovant constitue la première expérience d'éco-cité en Afrique du Nord.

Les femmes du quartier ont fabriqué les lampes

À l'origine de ce miracle, l'Allemande Jana Revedin, docteur en architecture et en urbanisme, professeur à l'université de Blekinge, en Suède, convaincue par l'auto-développement. « L'action de charité qui tombe d'en haut, cela n'a jamais vraiment marché, dit-elle, il faut définir les besoins avec les populations locales dans le cadre d'une démarche de projet participatif. »

En 2009, elle crée la Fondation Locus pour stimuler l'innovation en matière de développement urbain. C'est dans ce cadre qu'elle a porté, avec ses étudiants, le projet des chiffonniers du Caire, au terme de deux ans de dialogue pour filtrer et faire émerger le réel besoin de cette communauté. « Il est apparu que le plus essentiel était de valoriser l'espace public par l'éclairage urbain. Ce sont les femmes du quartier qui ont construit elles-mêmes les lampes et lampions, qui sont même devenus un produit à la mode », raconte-t-elle. Le projet photovoltaïque a été financé par Locus, qui a deux sponsors principaux, la Fondation d'entreprise GDF-Suez et Bouygues Bâtiment International. Une ONG, Synergie Solaire, était partenaire, le reste a été installé avec les électriciens locaux. Le tout pour 120"000 euros...

Avec la lumière est venue plus de sécurité, et même des touristes font désormais halte dans les bars de Moqattam qui se sont multipliés autour de la place. L'idée est maintenant d'éclairer au solaire les rues du village. Le gouverneur du Caire est venu en personne saluer cette initiative exemplaire, qui fait en sorte que quand la ville s'éteint, parfois, la nuit, les plus pauvres des plus pauvres continuent de travailler à la lumière. Un signe d'espoir pour une ville, un pays et une région en pleine révolution. Jana Revedin, elle, continue son combat. Elle va travailler avec Locus dans les favelas de Rio, là où se vit une autre révolution.

 

source : http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130729trib000777969/egypte-les-chiffonniers-coptes-du-caire-s-eclairent-au-solaire.html

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