lundi 30.01.2012, 05:14 - PAR VÉRONIQUE BERTIN
Les enfants de Mahaba ont témoigné
dans un webdocu produit par Asmae et réalisé par Mat Jacob. PHOTO REPRO MAT JACOB
| TÉMOIGNAGES |
Le Caire et l'Égypte ont fêté le premier anniversaire de la révolution du 25 janvier. Un an plus tard, la place Tahrir est toujours occupée par les manifestants. Les résultats des premières élections législatives sont tombés, donnant une large victoire aux Frères musulmans. À l'école Mahaba, dans un quartier de chiffonniers du Caire, les enfants ont des rêves. Et un regard très mature sur l'après-révolution.
« L'Égypte de demain se construira avec ses enfants y compris les plus pauvres. » Soeur Emmanuelle a toujours été un peu visionnaire et elle ne pensait sans doute pas si bien dire quand elle a tenu ces propos au début de sa mission en Égypte. En 1988, avec soeur Demiana - et grâce au soutien de l'association Asmae qu'elle a créée en 1981 -, elle a construit l'école Mahaba dans le quartier informel d'Elzbeth El-Nakhl, un labyrinthe de ruelles en terre battue où s'abritent des familles de chiffonniers du Caire. 2 700 enfants de toutes les confessions et toutes les origines dont 500 parrainés via Asmae ont accès à une école de qualité. En octobre, Mat Jacob, photographe, y a passé une semaine, interrogeant la directrice et les enfants. « J'ai voulu porter un regard, à travers la voix des enfants, sur l'après-révolution », explique-t-il.
« De l'espoir »
Le photographe les a questionnés sur leur rêve : « Jamais je n'ai réellement posé la question de la révolution. Ce sont eux qui en ont parlé. » Madonna, une brune aux cheveux attachés en longues couettes, aimerait « soigner gratuitement les pauvres ».
Nermine, 15 ans, voudrait être « la première femme présidente de l'Égypte, même pour un an, pour que les choses changent réellement dans le pays », « pour changer les mentalités ». Plus réaliste, elle a l'espoir d'entrer à la fac de médecine. Georges, lui, rêve de devenir ingénieur Abdel-Messhi d'être footballeur Marina, chirurgienne. Le photographe, habitué à rencontrer des enfants et à discuter avec eux, a été agréablement surpris par leur « liberté de parole, la maturité de leurs propos. Les filles étaient d'ailleurs plus éclairées que les garçons. Elles étaient revendicatives, volontaires et actives. » « J'aimerais que mon pays soit beau à l'intérieur et à l'extérieur.
L'école va m'aider à réaliser mon rêve », dit Marina. Madonna a « de l'espoir pour demain », elle qui espère « le changement ».
« Ces enfants sont porteurs d'un message d'espoir. Ils montrent que c'est possible de construire des choses si on a la volonté et si on fait bouger les bons leviers », se félicite Damien Kirchhoffer, directeur des programmes internationaux d'Asmae. En Égypte, onze associations locales, « acteurs de la société civile, acteurs du changement », sont soutenues par Asmae qui y consacre un budget annuel de 350 000 euros.
Depuis la révolution, plus que jamais, ces partenaires continuent le travail d'accès au droit et de citoyenneté et développent « la conscientisation pour expliquer ce qui s'est passé car la révolution, loin du Caire, comme en Haute-Égypte, peut être incomprise », explique Pauline Ducos, coordinatrice d'Asmae, présente en Égypte depuis trois ans. « Il est important d'accompagner les acteurs du changement », souligne le responsable des programmes. Avec le webdocu Les Enfants de Mahaba, Asmae a « donné la parole aux enfants » et envoyé « un message d'espoir ».
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