Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
 Les chiffonniers du Caire

Une expérience auprès des chiffonniers

4 Juin 2013, 10:27am

Publié par Les chiffonniers du Caire

WHO CAIRE ?

La rédaction lycéenne s'enrichit de contributeurs vivant à l'étranger. Cette semaine un billet de Meriem - lycéenne au lycée français du Caire - sur le bidonville Ezbet el-Nakhl.

Maadi fait partie des quartiers les plus riches du Caire. Mais la vie n'est pas rose lorsqu'on sort de ces quartiers où vit la jeunesse dorée de la capitale.

Les chiffonniers sont environs 100 000 au Caire, répartis dans 7 bidonvilles dont 8000 à Ezbet el-Nakhl, un faubourg au nord-est du Caire. Ils viennent pour la plupart de Haute ou de Moyenne Egypte, région qu'ils ont quittée pour diverses raisons. Ils sont de religion musulmane ou copte. Ils constituent une des classes les plus méprisées de la société cairote.

J’ai rencontré une expatriée vivant au Caire depuis déjà 2 ans et qui s’est engagée bénévolement dans une association d’aide aux chiffonniers du bidonville du Caire nommé Ezbet  El-nakhl. « Je savais que le Caire était une ville très pauvre dans certains endroits, mais je voulais voir ça de mes propres yeux, sortir de mon petit confort de Maadi » .Cetteassociation a été créée en juin 2004 par une expatriée française qui a vécu au Caire pendant 12 ans. Son rôle était de former les mamans à l'hygiène de leurs enfants et à les aider à mettre en application cette formation.

Une association au cœur du bidonville. La présidente de l'association avait réussi avec l'argent des dons et son fort caractère à se procurer une place dans le centre « Salam », implanté au beau milieu du bidonville d'Ezbet El-Nakhl. Ce centre, géré par des bonnes sœurs, est constitué d'un hôpital et d'un centre de soutien scolaire pour les enfants.

Le lieu de travail de l’association est placé au dernier étage du centre de soutien scolaire et est constitué de trois salles, la première, le « baby wash » a été totalement rénovée par l'association et adaptée à la toilette des nourrissons. La deuxième salle, appelée la « boutique », est l'endroit où les bénévoles vendent des vêtements qui étaient donnés par des familles. Évidemment cette boutique n'a pas pour but d'enrichir l'association. Les prix s'élevaient de 25 centimes de livres à 5 livres.

« Les vêtements de la boutique étaient autrefois gratuits, témoigne-t-elle, mais les femmes se battaient entre elles pour les avoir et les premières arrivées ne laissaient rien aux dernières.». Face à ce problème, la présidente a donc imposé quelques règles : les vêtements seront payants et les femmes n'auront pas le droit d'acheter plus de 5 vêtements par semaine. Quant à la troisième salle, elle servait en même temps de salle de jeu et de salle d'attente.

 

Le baby wash. Les règles du « baby wash » sont elles aussi très strictes. Seulement les enfants de 0 à 3 ans sont acceptés et ils n'ont le droit de venir que trois fois. Mais ceci est un apprentissage. La première séance consiste à montrer à la mère la « meilleure » façon de laver un enfant, durant la deuxième séance, la mère et la bénévole lavent l'enfant ensemble, et pendant la troisième séance la mère lave son enfant sous l'œil attentif de la bénévole. Un vêtement et des produits de toilette pour l'enfant sont offerts à la fin de chaque séance.

La vie de chiffonnier. « Je n'avais jamais vraiment vu de « vrai misère » dans ma vie et le bilan de ma première journée de bénévole était déjà lourd : une enfant atteinte d'un cancer de l'œil droit, un nourrisson avec une tumeur des testicules, un bébé prématuré et un nombre effrayant de fesses rouges et d'irritations car les mères n'ont pas les moyens de payer des couches à leurs enfants ». Le salaire moyen d'un chiffonnier est de 300 livres par mois (environ 40 euros). Une couche coûte une livre, un enfant a généralement besoin de 5 couches par jour, ce qui reviendrait à payer 150 livres par mois et par enfant juste pour les couches, c'est évidemment impensable. Les mères utilisent donc une sorte de chiffon qu'elles nettoient à chaque fois que l'enfant fait ses besoins. Mais la vie au bidonville est dure et les femmes travaillent toute la journée dans les tris des ordures, elles n’ont  pas le temps de changer leurs enfants toutes les 2 ou 3 heures. Ces bébés peuvent donc rester des heures et même des journées entières dans leurs excréments, ce qui provoque des rougeurs et des infections.

L'association Ezbet El-nakhl a donc le rôle de  sensibiliser les mamans sur ce sujet, mais c'est aussi un moyen de suivre la santé de ces nourrissons avec la collaboration du docteur Adel. Celui-ci s'occupe gratuitement de la santé des chiffonniers depuis maintenant 30 ans. Il a tout quitté pour se consacrer entièrement aux chiffonniers et les connait par cœur. Lorsqu'une bénévole découvre quelque chose d'anormal sur un enfant elle prévient le docteur Adel qui se charge ensuite de soigner l'enfant. Mais l'association se doit aussi d'aider le docteur dans sa tâche et lui fournir des médicaments et du matériel médical.

« Malgré toute cette misère, la bonne humeur régnait dans ce centre. Les mères ne semblaient pas tristes dans tout leur malheur. Elles riaient, essayaient toujours de marchander les prix des vêtements, nous faisaient des blagues que nous ne comprenions qu'à moitié. Je me sentais à ma place au milieu de ces femmes de chiffonniers et surtout j'étais heureuse de pouvoir faire quelque chose pour elles et leurs enfants ».

Aujourd'hui l'association n'existe plus, la présidente est retournée vivre en France suite à la situation politique du pays. Mais le docteur Adel et toute l'équipe du centre Salam s'occupe toujours aussi bien de leurs chiffonniers.

 

Meriem BELGHOUL, Lycée Français du Caire.

source : http://blogs.mediapart.fr/edition/lyceennes-lyceens/article/030613/who-caire

Commenter cet article