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 Les chiffonniers du Caire

Sr Emmanuelle

21 Octobre 2009, 19:22pm

Publié par Les chiffonniers du Caire

À Ezbet El Nakhl, Isaac se souvient de Sœur Emmanuelle



Isaac Abbas Yanni, l’un des premiers compagnons de Sœur Emmanuelle, décédée il y a tout juste un an, continue aujourd’hui à apporter son aide à la communauté des chiffonniers du Caire.

Il sait que ce n’est pas bon pour son cœur, mais reprend quand même une cigarette. Isaac Abbas Yanni, petit homme fluet de 62 ans, ponctue ses histoires de grands éclats de rire, qui viennent creuser un peu plus les rides profondes de son visage. « Yallah, yallah, habibi ! » Il mime Sœur Emmanuelle venant le tirer de son lit pour l’emmener avec elle chez les chiffonniers. « Elle me jetait même de l’eau sur la tête pour me réveiller ! » Entre les rires, la tendresse et l’admiration sont palpables. « Elle m’appelait “mon fils”, et je la considérais comme ma mère. »

C’était il y a plus de trente ans. La rencontre a lieu en 1972, dans un train. Sœur Emmanuelle vient de commencer son travail à Ezbet El Nakhl, au nord du Caire, l’un des bidonvilles de zabbalines, les chiffonniers en majorité coptes. « Je ne savais pas que c’était une sœur : elle portait des vêtements de ville et des baskets. Mais à un moment elle a trébuché et j’ai aperçu sa croix », raconte Isaac, qui venait de terminer des études de commerce. Lorsque la religieuse découvre qu’il parle français et ne travaille pas, elle le recrute d’office.

« Je ne savais presque rien sur les zabbalines. » Il va pourtant être rapidement adopté par les chiffonniers. « Je ne mettais pas un tissu sur ma bouche en arrivant dans le bidonville, comme d’autres égyptiens. » Cette empathie avec les plus démunis, généralement méprisés en Égypte, il l’explique par son histoire familiale. « Mon père est mort quand j’avais 4 ans, ma mère est restée seule avec mon frère handicapé et moi, sans le sou. »

Alphabétisation et couture

À Ezbet El Nakhl, il anime pendant deux ans les activités pour les enfants, le matin, et les cours d’alphabétisation pour les adultes le soir. « Pour convaincre les maris de laisser venir leurs femmes, on a couplé l’alphabétisation et la couture », s’amuse-t-il. Il se souvient de l’euphorie des enfants lors de la première visite aux pyramides.

En 1974, il obtient un poste de secrétaire à l’université, mais continue de participer aux actions de Sœur Emmanuelle quand il le peut. Aujourd’hui à la retraite, il consacre une partie de son temps aux chiffonniers, ses voisins. « Il est présent avec nous tous les mardis », témoigne Hélène Sibiril, présidente de l’association Les amis d’Ezbet El Nakhl, qui apporte une aide médico-sociale aux femmes du bidonville.

Père de trois enfants, Isaac a nommé son fils aîné… Manuel. C’est que la rencontre avec Sœur Emmanuelle a changé sa vie. « D’abord, elle m’a appris à me lever tôt ! » plaisante-t-il. « Ensuite elle m’a transmis cette parole : « L’amour est plus fort que la mort. » Il appuie sur les mots : « Surtout, grâce à elle, j’ai été utile : lorsque je vois aujourd’hui des enfants de chiffonniers pharmaciens ou avocats, je suis heureux. »
Nina HUBINET, au Caire

source : http://www.la-croix.com/a-Ezbet-El-Nakhl-Isaac-se-souvient-de-Soeur-Emmanuelle/article/2398305/4078#

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