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 Les chiffonniers du Caire

En quoi la situation des chiffonniers est actuellement difficile ?

24 Octobre 2009, 12:12pm

Publié par Les chiffonniers du Caire




Un an après le décès de la religieuse, Sœur Sara signe « Sœur Emmanuelle mon amie, ma mère » avec Sofia Stril-Rever nièce de la disparue. Celle qui a travaillé dix-huit ans au côté d'une des personnalités préférées des Français, poursuit sans elle, depuis 1993, l'action menée auprès des chiffonniers du Caire. De passage en France pour la sortie du livre et la collecte de fonds via Opération Orange, Sœur Sara s'avoue pressée de regagner l'Égypte.

En quoi la situation des chiffonniers est actuellement difficile ?

« Au printemps, dans le cadre de la grippe porcine, le gouvernement a décidé l'abattage de tous les cochons d'Égypte. Or, ils représentaient une part importante du revenu de nos chiffonniers. De plus, les bêtes mangeaient les déchets, ce qui n'est plus le cas. Des sociétés étrangères de ramassage des ordures ont été déléguées mais ça ne se passe pas bien. Les ordures s'accumulent. Certains sont tentés de faire appel aux chiffonniers mais ils ne ramassent que le carton et le plastique. La situation est très difficile.

Comment agissez-vous ?

Les chiffonniers n'étaient pas des mendiants mais ils sont aujourd'hui dans le besoin. Nous rassemblons des fonds pour qu'aucun enfant ne manque l'école sachant que jusque-là, les familles payaient la moitié de la scolarité. La crainte de la pandémie a conduit à repousser de trois semaines la rentrée. Elle a eu lieu début octobre. On observe quantité de précautions d'hygiène dans les écoles. Tout ça représente beaucoup de travail.

Quelle a été votre enfance en moyenne Égypte ?

Heureuse. Je suis née dans une famille aisée de huit frères et sœurs. Mes parents partageaient beaucoup, ça marque un cœur d'enfant.

En 1976, vous êtes choisie pour rejoindre Sœur Emmanuelle et les chiffonniers. Racontez-nous.

Mon souvenir, dans ce lieu d'une puanteur extrême, au milieu des ordures, des rats, c'est que j'ai eu honte que ce soit une étrangère qui nous fasse découvrir une réalité du pays. Elle était là par amour pour les enfants, déjà ridée. Elle venait de passer quatre ou cinq ans seule à faire jardin d'enfants dans des cabanes le matin, atelier couture l'après-midi et alphabétisation des garçons et des papas le soir.

Et entre vous ?

On se complétait. Il fallait être une étrangère pour entrer dans ces bidonvilles où personne ne voulait aller. Mais, parce que je suis une fille du pays, les femmes se confiaient plutôt à moi.

Quel était alors le quotidien ?

Les enfants mouraient du tétanos, les filles étaient mariées à 10-12 ans, les femmes étaient battues, avaient jusqu'à 18 grossesses, contre 2-3 aujourd'hui. Avec la grâce de Dieu on a changé tout ça.

Comment ?

Le plus beau jour de la vie de Sœur Emmanuelle fut celui de l'inauguration du lycée de filles, le 5 octobre 1995. L'éducation est essentielle. Parmi les enfants de chiffonniers, nous avons désormais deux députés, deux prêtres, des radiologues, des pharmaciens…

Le regard des gens a évolué sur les chiffonniers ?

Avant, le terme d'éboueurs était une insulte et pas un taxi ne voulait vous conduire à Mokattam. Maintenant, les représentants de la ville ne manquent aucune de nos fêtes… qui sont d'ailleurs les plus belles.

Pourquoi sont-elles si belles ?

Parce que nos écoles s'investissent beaucoup et parce que les enfants des pharaons ont un sens de la fête et une joie qu'on ne peut expliquer.

Le départ de Sœur Emmanuelle du Caire vous a plus peiné que sa mort.

C'était lourd de porter ça. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle parte. Elle aurait pu rester dix ans encore. Mais, tout le monde s'est mis au travail.

Vous êtes à la tête d'une véritable entreprise.

37 religieuses et 1 200 salariés œuvrent auprès de 40 000 personnes.

Propos recueillis par Dominique Menvielle

Note

« Sœur Emmanuelle, mon amie, ma mère », Presses de la Renaissance - 18 euros.

Opération Orange pour les enfants d'Égypte, du Liban et du Soudan. Contact : www.operation-orange.org

Tél.04 75 64 87 82

« Les enfants des camps du Caire sont des enfants des pharaons. Ils ont un sens de la fête, une joie qu'on ne peut expliquer »


source : http://www.leprogres.fr/fr/france-monde/article/2103508,192/S-ur-Emmanuelle-etait-au-Caire-par-amour-des-enfants.html

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