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 Les chiffonniers du Caire

Egypte : Bidonvilles

30 Novembre 2009, 16:07pm

Publié par Les chiffonniers du Caire

Bidonvilles. La naissance d’un bidonville n’est pas le fruit du hasard. Pauvreté, expulsion et recherche de services proches de la capitale poussent beaucoup de gens modestes à choisir les bidonvilles.

Un drame en perpétuel renouvellement

Comment est né un bidonville ? Une question qui revient à chaque fois qu’une catastrophe touche les zones sauvages. Du terrorisme à l’effondrement des habitations en passant par le trafic de drogue, les bidonvilles semblent être le fruit d’une relation étroite entre « pauvreté et terrorisme », « violence et crime », estime Dr Rafiq Habib, expert au Centre national des recherches sociales et criminelles.

En effet, le problème des bidonvilles remonte à l’époque de Nasser dans les années 1960 quand l’Etat a eu cette intention de construire des cités pour loger les gens modestes, « Social Housing ». Cependant, avec le temps, la capacité de ces cités a dépassé de loin le nombre croissant d’ouvriers ayant quitté leurs villages natals pour venir travailler dans la capitale. Dans les années 1970, la hausse des prix de l’immobilier, qui a atteint les 300 %, a poussé les investisseurs égyptiens à s’intéresser au marché de l’immobilier. La pancarte affichant un appartement à louer avait disparu de la rue égyptienne. La classe défavorisée en quête d’un endroit où loger s’est ruée vers les régions périphériques du Caire. La situation a empiré quand l’Etat a adopté la politique de l’ouverture économique. Le gouvernement renonce à sa responsabilité de bâtir des logements pour les couches défavorisées alors qu’il ne cesse de lancer des projets pour la construction de logements pour la classe moyenne avec la possibilité de paiement à crédit. Dans les années 1990, l’Etat cède aux pressions de la Banque mondiale et applique des politiques libérales mais non étudiées. « L’Etat a décidé de ne plus construire des habitations pour les pauvres et de fermer les yeux sur l’extension sauvage des bidonvilles. Pourtant, au début du deuxième millénaire, l’Etat commence à se rendre compte de la valeur des terrains sur lesquels ces bidonvilles ont été construits. Il décide donc de les faire évacuer de leurs habitants, à l’exemple de Hikr Abou-Doma », commente Manal Al-Tibi, présidente du Centre Egyptien pour le Droit au Logement (CEDL).

D’ailleurs, le décret ministériel n° 8 de l’année 1914 permet à l’Etat de confisquer les terres sur lesquelles se trouvent des constructions informelles.

Or, les différentes politiques adoptées par l’Etat au cours des 50 dernières années ont eu leur influence sur la structure démographique des bidonvilles qui a changé de visage. De nouveaux éléments ont apparu sur scène. « Au début, les habitants des bidonvilles étaient uniquement composés de sinistrés de catastrophes naturelles et dont les maisons se sont effondrées. Ensuite, les bidonvilles ont abrité les provinciaux qui ont quitté leurs villages à la recherche d’un gagne-pain dans la capitale. Le Caire a même servi pour certains de transit avant leur départ vers les pays du Golfe », explique Mamdouh Al-Wali, urbaniste qui a effectué une étude sur les bidonvilles en 1993.

Durant les 10 dernières années, un changement majeur a eu lieu dans la structure démographique des bidonvilles. Certains habitants du Caire, dans l’impossibilité de trouver un logement dans la ville, sont partis habiter dans les bidonvilles en périphérie, ne pouvant pas se permettre de payer les prix exorbitants des appartements.

Ce n’est que dans les années 1980 que l’Etat s’est penché sur le problème des bidonvilles avec l’apparition du phénomène du terrorisme en Egypte. Le dossier a été ouvert plus pour une question sécuritaire qu’urbaine. Mais l’Etat a abordé le problème des bidonvilles comme étant un seul bloc, négligeant la particularité de chaque région et les raisons qui l’ont créé.

De plus, les chiffres sur le nombre des bidonvilles en Egypte ne sont pas précis. Alors que le ministère du Logement estime que leur nombre en Egypte ne dépasse pas les 497, le Centre d’informations et de prise de décision dépendant du Conseil des ministres assure qu’il atteint les 1 034. D’ailleurs, les chiffres du ministère du Développement local vont plus loin en avançant le chiffre de 1 150, ce qui contredit celui de l’Organisme central de la mobilisation et des statistiques qui en a enregistré 909. « Cette contradiction reflète le chaos qui règne quant à la vision de l’Etat à l’égard de ce problème. Ce qui a aidé à leur extension de façon incontrôlable et a permis la naissance de nouveaux bidonvilles », précise Al-Wali.

Une négligence du dossier que reflète le budget modeste consacré par l’Etat à ce sujet. Suite à l’effondrement d’Al-Doweiqa qui a provoqué la mort de centaines de personnes, le gouvernement a décidé de consacrer un budget d’un demi-milliard de L.E. pour raser les bidonvilles. « De simples déclarations : la somme consacrée à ce but dans le budget de 2009 ne dépasse pas les 28 millions de L.E. Une somme bien maigre ne pouvant pas garantir des services à la hauteur des aspirations des habitants », poursuit Al-Wali.

Aujourd’hui, toute une génération n’a rien connu d’autre que d’habiter ces bidonvilles. Un nombre qui augmente de 3 % chaque année (200 000 nouveau-nés selon les chiffres du Centre égyptien du droit au logement).

Une absence de politique de planification urbaine qui a donné naissance à d’autres bidonvilles. Au lieu de les voir disparaître d’ici 2020 comme l’ont promis les responsables, ils n’ont fait que pousser comme des champignons.

Dina Darwich

source :http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2009/11/18/soci2.htm

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