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 Les chiffonniers du Caire

Chiffonniers du Caire

19 Avril 2010, 15:06pm

Publié par Les chiffonniers du Caire

Garbage dreams, de Mai Iskander, et La cité des morts, de Sergio Tréfaut à Ibn-Rachiq

La Presse | Publié le 05.04.2010

Une ordure tant aimée…
Il n’y a rien d’étonnant dans le fait d’aimer le quartier dans lequel on a grandi et de le considérer comme une source de rêve, d’espérance et d’avenir. Sauf que les deux lieux que l’on a découverts, vendredi dernier, sur l’écran d’Ibn-Rachiq, à 18h00, dans le cadre de «Doc à Tunis», n’inspirent aucun bien-être.

Le premier, sujet du documentaire Garbage dreams, de l’Egyptienne Mai Iskander, n’est autre que le plus grand village d’ordures au monde, situé dans la banlieue du Caire. Le second, décrit dans le documentaire La cité des morts, du Portugais Sergio Tréfaut , est la cité des morts, une des plus grandes nécropoles au monde. Ces lieux paraissent invivables, voire insupportables; pourtant, ils sont le paradis de leurs habitants, leurs jardins secrets, magiques et mystérieux.

Les 60.000 «Zaballeen» (ramasseurs d’ordures) côtoient jour et nuit les tas d’ordures rassemblés dans tous les coins et recoins des maisons. Hommes, femmes et enfants travaillent dans la collecte, le tri et le recyclage des déchets. «Ici, c’est mon chez-moi. Je me sens comme un poisson dans l’eau, incapable de vivre ailleurs», déclare une des membres de l’association des «Zaballeen», qui s’occupe de la vaccination, de l’orientation et de l’éducation de la population. C’est elle qui semble mener le film. Elle conduit la caméra au fond de ce cocon intime et fermé et attire Mai Iskander, la réalisatrice, vers trois adolescents : Ahmed, Nabil et Ossama. La caméra ne les lâche pas d’une semelle. Elle les suit dans leur quotidien, capte leurs émotions et décrit leurs rêves et leurs déceptions… Ces jeunes ont peur aujourd’hui de voir disparaître leur paradis et de se réveiller un jour pour ne plus trouver d’ordures à ramasser. Ils ont peur de tous ces gros camions qui sillonnent les rues et qui raflent tout sur leur passage…. Ils se sentent oubliés, écrasés, exhumés, comme ces déchets que l’on ne trie plus, que l’on ne regarde plus et que l’on ne «respecte» plus. Ce documentaire montre des personnes qui luttent pour exister et pour continuer à rêver. Des personnes qui se forcent à se développer et à se remettre en cause pour garder leur dignité et surtout pour chanter et danser au milieu des tas d’ordures tant aimés.

La cité des morts
L’amour est aussi au centre du second documentaire, La cité des morts. L’amour d’un quartier où la vie bat son plein. A travers de belles prises et un bon cadrage, Sergio Tréfaut nous entraîne dans l’enceinte d’un cimetière. Autour des tombes, des immeubles se sont construits, des boulangeries se sont installées, des écoles se sont bâties, des cafés se sont implantés... il y a même un marché hebdomadaire, qui vient chaque vendredi étaler ses stands au plaisir des acheteurs. Il y a aussi un théâtre ambulant qui vient amuser les enfants et semer un bonheur étrange.
Les rires se mêlent aux pleurs et la douleur n’est qu’un décor auquel on s’habitue.
Chaque matin, à la cité des morts, les habitants mangent le pain chaud et sirotent le thé en assistant, malgré eux, aux obsèques des gens étrangers. Ils accueillent ainsi leurs nouveaux «voisins», avec le sourire et dans la joie. Ils leur redonnent une seconde vie, un nouvel espoir. «Plusieurs rêvent d’une maison mais, moi, fossoyeur de métier, je ne peux pas vivre ailleurs. La mort, c’est ma vie», nous confie le narrateur du film.


Hela HAZGUI

 

source :http://www.jetsetmagazine.net/culture/revue,presse/garbage-dreams-de-mai-iskander-et-la-cite-des-morts-de-sergio-trefaut-a-ibnrachiq.21.9085.html

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