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 Les chiffonniers du Caire

Les Chiffonniers menacés par les multinationales

20 Juillet 2009, 13:05pm

Publié par Les chiffonniers du Caire

E CAIRE/SOCIETE - Les Chiffonniers menacés par les multinationales Version imprimable Suggérer par mail
lundi 20 juillet 2009

Depuis l’épisode du «smog», le nuage de pollution de 1999, les gouvernorats du Caire ont décidé de privatiser leur système de ramassage des ordures. Une mesure qui a bousculé les habitudes d’une population habituée aux services des Chiffonniers

Les protégés de sœur Emmanuelle prient pour leur salut. Ceux que l’on a coutume d’appeler les «zabbalines», du mot «zabbal», ordure, sont depuis dix ans concurrencés par des compagnies étrangères. Fini le temps où le travail de ces nettoyeurs s’effectuait rue par rue. Désormais, les bennes ont remplacé les décharges sauvages. Au Caire, la ville a été divisée en quatre grandes zones confiées depuis juillet 2008 à trois entreprises privées : celle de Guizah au consortium egypto-italien IES (International Environmental Services), la zone nord et ouest à l’italienne AMA, la compagnie espagnole EES  (Environment Egyptian Services) à l’est. Toutes ont signé des contrats publics dont les clauses de confidentialité entretiennent une certaine opacité. «Obtenir des informations ou des copies de contrats est un véritable parcours du combattant. La privatisation du traitement des déchets a engendré un business fermé reconnu par l’Etat», explique Lise Debout, doctorante en gestion des déchets depuis les réformes de 2000, basée au Caire.



Chacun des contrats se négocierait ainsi entre 55 et 60 millions de livres (ndlr : 7 millions d’euros) par an et par entreprises. Un marché à la hauteur des enjeux pour les autorités : faire face à l’explosion des déchets de l’ordre de 16.000 tonnes par jour et couper court aux rumeurs de corruption selon lesquelles les licences de ramassage seraient contrôlées par quelques grandes familles de Chiffonniers.

Les Chiffonniers balayés des rues
Au Moqattam, un quartier où travaillent plus de 50.000 personnes, c’est l’incompréhension. Au rez-de-chaussée des immeubles, femmes et enfants continuent à trier plastiques, cartons, et métaux issus de la collecte quotidienne des hommes. L’espoir a fait place à la résignation. «Nous recyclons 80% de ce que nous récoltons. C’est de çà que nous vivons. Nous priver de matière première, c’est nous tuer», explique Saad, propriétaire d’un atelier de recyclage. Les
multinationales sont venues bousculer l’ordre établi


 


 d’un artde vivre à l’égyptienne où «zabbalines» et population se sont longtemps accordés à l’unisson. «Les Egyptiens ne sont pas habitués à descendre dans la rue leur sac poubelle à la main et le jeter dans la benne. Pour eux, c’est un signe dégradant. Ils ne sont pas prêts» confie Safaa Mounqui, sociologue auprès du CNRS au Centre d’Etudes et de Documentation Economiques, Juridiques et Sociales.

Deux filières de recyclage se sont peu à peu formées en opposition, l’une formelle, celle des compagnies privées, l’autre informelle, celle des «zabbalines». Dans ce jeu concurrentiel aux allures de David contre Goliath, certains chiffonniers ont succombé aux appels à l’embauche de ces sociétés pour 50 euros mensuels soit l’équivalent d’un salaire moyen en Egypte. Espoir pour certains, échec pour d’autres, la privatisation du secteur n’a pas totalement convaincu. Force est de constater qu’en 10 ans, les problèmes de propreté sont loin d’être résolus.
 
Sébastien ACEDO (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie) lundi 20 juillet 2009

source : http://www.lepetitjournal.com/content/view/43880/1291/

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