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 Les chiffonniers du Caire

Chiffonniers : Les chrétiens d'Égypte défendent leurs cochons

8 Mai 2009, 08:06am

Publié par Les chiffonniers du Caire

Les chrétiens d'Égypte défendent leurs cochons




Photo : Reuters

Vent de révolte chez les chiffonniers du Caire. Ils n'acceptent pas la décision d'abattre toutes leurs bêtes,prise sous prétexte de lutter contre la grippe A.

Le Caire.De notre correspondant

Dans les baraques de tôle et de bois, des familles s'affairent, assises au milieu de monceaux de détritus. « Nous trions tout, et nous revendons », explique Youssef. Derrière sa cabane, comme dans tout le quartier, une courette. Là, une cinquantaine de porcs s'ébrouent dans les déchets alimentaires que vient de leur lancer Youssef. « Ils représentent la majorité de mes revenus. Ils mangent les détritus; leurs excréments servent d'engrais et, au final, nous les vendons au boucher », explique cet habitant de Ezbat Al Nakhl.

Affrontements violents

C'est dans ce quartier du nord-est du Caire que soeur Emmanuelle s'était établie, voilà près de quatre décennies, pour aider ces chiffonniers, le plus souvent membres de la minorité chrétienne copte (10 % de la population égyptienne).

« Si on m'enlève mes porcs, comment vais-je nourrir ma famille ?, demande Youssef. Chez moi, douze personnes en dépendent. Pourquoi l'Égypte est-elle le seul pays au monde à avoir pris cette décision ? » Cette décision, c'est le controversé décret présidentiel qui ordonne l'abattage de tous les porcs d'Égypte.

La mesure a d'abord été présentée comme une action de prévention face à la grippe A. Puis, face aux critiques internationales dénonçant « l'inutilité » de cette décision dénuée de fondement scientifique, le ministère de la Santé a reconnu que « les autorités ont profité de l'affaire de la grippe porcine pour régler la question de l'élevage sauvage».

Dimanche, dans un autre quartier, à Mansheyet Nasr, des affrontements violents ont opposé les propriétaires de porcs aux représentants des autorités venus confisquer les animaux.

Une vingtaine de manifestants ont été arrêtés. Et Ezbat Al Nakhl attend son tour. Un vent d'inquiétude teinté de colère souffle sur le quartier. « S'ils viennent, nous les rejetterons à coups de pierre, lance une jeune femme. C'est une mesure dirigée contre les chrétiens ». Le mal est fait, dans ce pays musulman où la mouvance islamiste gagne du terrain.

Les dénégations des officiels, qui assurent que « cette décision n'a rien de religieux ou de politique », ne convainquent pas.

« Prendre nos terres »

Au café, les plus anciens semblent résignés. « Discrimination ? C'est beaucoup plus simple : le gouvernement veut nettoyer nos quartiers et nous avec, pour prendre nos terres et donner notre travail à des entreprises privées », lance Girgis, la quarantaine.

Et les solutions proposées ? La création d'usines de traitement des déchets et d'élevages de porcs éloignés des zones habitées est évoquée. Priorité à l'embauche serait donnée aux chiffonniers. « Nous employer, nous ? La plupart d'entre nous n'avons pas reçu d'éducation », répond Girgis. Quant aux indemnisations proposées, elles sont jugées dérisoires. « Ils parlent de 100 livres (13,35 €) par animal. Un porc coûte au moins quatre fois plus. Et même si nous acceptons, ensuite, nous faisons quoi ? Ces porcs sont nos outils de travail ! Sans eux, c'est la fin de notre métier. »



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