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 Les chiffonniers du Caire

Caire : propreté des rues

22 Février 2009, 16:38pm

Publié par Les chiffonniers du Caire

Propreté. Grâce à une campagne médiatique, la première en son genre, des résultats surprenants se font déjà sentir dans plusieurs quartiers. Reportage.  

Des images qui font bouger les responsables

Les habitants d’Imbaba vivent depuis quelques jours une expérience unique. Ce quartier populaire, connu pour ses rues mal entretenues et insalubres, notamment à cause des amas d’ordures gisant ici et là, à l’entrée des immeubles, au long des murs des écoles et des mosquées, vit aujourd’hui à l’heure de la propreté. De grands camions de ramassage d’ordures passent quotidiennement depuis une dizaine de jours, témoignent les habitants avec satisfaction imprégnée d’étonnement. Désormais, tous les 10 ou 15 mètres, une benne est installée, histoire d’aider les habitants à acquérir de nouvelles habitudes. Les éboueurs qu’on croyait peu nombreux se manifestent avec plus d’intensité, munis de leurs balais et de petits sacs. Même les petites ruelles ont eu leur part dans ce changement. Les habitants parlent de miracle. « J’étais en voyage et lorsque je suis revenu, j’étais complètement dépaysé. J’ai cru un moment m’être trompé d’adresse, c’est un miracle », confie un habitant.

Pas de miracle, mais ce zèle qui a soudainement animé les responsables locaux est directement lié à la campagne de presse, première en son genre, lancée il y a deux semaines conjointement par le quotidien Al-Masri Al-Youm et la chaîne privée Al-Mehwar. Sous la bannière « Pour une capitale propre », les journalistes de ces deux médias débarquent tous les jours dans un quartier, où ils filment et photographient les rues et coins les plus sinistrement sales pour les diffuser le lendemain, avec les noms du responsable de propreté dans ce quartier et le président du quartier. Un scandale intolérable pour tout responsable impliqué. « Les médias nous ont permis de porter un nouveau regard sur la situation qui régnait et nous sommes disposés à coopérer avec eux pour la changer », a déclaré Nabil Nabawi, président de l’Organisme de propreté du Caire.


Comme Imbaba, beaucoup d’autres quartiers populaires et défavorisés comme Al-Warraq, Al-Matariya et Al-Zeitoun ont également profité des retombées positives de cette campagne. Mais si beaucoup d’habitants pensent que leurs problèmes avec leur environnement immédiat sont résolus, d’autres, plus sceptiques, estiment que beaucoup de choses commencent bien, mais que l’enthousiasme se perd rapidement. « Je suis sûr que cette situation ne durera pas longtemps. Dès que cette campagne s’arrêtera, on retournera à la case de départ comme si de rien n’était », lance Mohamad Ibrahim, ingénieur. Son « pessimisme », il l’explique par le fait qu’aucune solution radicale n’a été prise pour créer un nouveau système. « Personne ne vient régulièrement ramasser les ordures devant chaque maison, ainsi sommes-nous obligés de les jeter dans des bennes pleines à craquer, ou dans n’importe quel espace vide entre deux immeubles. On n’a pas le choix ». Même remarque de la part de Fatma, femme au foyer, qui habite Matariya dans le nord du Caire. « Autrefois, le zabbal (éboueur) venait jusqu’au palier collecter les ordures et ceci à un coût de 2 ou 3 L.E. par mois. Ainsi, nous n’étions pas obligés de jeter dans la rue ».


Révision des contrats des sociétés privées

Les responsables des sociétés de propreté ont aussi leurs propres problèmes. Mohamad Fouad, responsable à la société privée Al-Dawliya, chargée du quartier d’Imbaba, explique que des conducteurs de camions et de charrettes, dont le travail consiste à débarrasser les chantiers de construction de divers débris, viennent souvent jeter leurs charges aux coins des rues. « Cela les arrange, puisqu’ils sont payés pour transporter ces déchets mais ne payent rien pour s’en débarrasser », explique Fouad. « Personne ne peut les empêcher, ce sont normalement des hommes de main et portent souvent des armes blanches sur eux. Deux éboueurs de notre équipe ont été blessés dans des affrontements du genre », raconte-t-il. Il dit avoir fait plusieurs plaintes auprès du quartier et du gouvernorat pour arrêter ces gens, puisqu’il n’a pas lui « ni l’autorité ni les moyens de le faire ».

En 2002, face à ce problème chronique, l’ancien gouverneur du Caire, Abdel-Réhim Chéhata, a pensé trouver la solution en engageant des sociétés privées pour s’occuper de la propreté de la capitale. Mais le système mis en place a toujours présenté des problèmes, notamment en ce qui concerne le financement de ce projet.

Dans une démarche également attribuable à la campagne médiatique, le gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir, a décidé de modifier les contrats avec les sociétés privées. La tendance serait d’augmenter le nombre d’heures de travail pour leurs ouvriers contre des augmentations salariales, avec un renforcement des sanctions en cas de contravention. Les ouvriers devront désormais accorder plus d’importance à la propreté des petites ruelles au même titre que les grandes rues, commencer leur journée de travail à 7 heures plutôt qu’à 8h et assurer la rotation les jours de week-end.

Reste un souci pour les citoyens qui jubilent face à la perspective d’un environnement sain, à savoir assumer les frais de ce nouveau système. D’après l’Organisme de propreté du Caire, c’est le gouvernement qui s’en chargera, mais les gens ont du mal à oublier que toutes les tentatives ou expériences dans le secteur de la propreté ont surtout eu leur effet sur les factures mensuelles.

Sabah Sabet


source : http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2009/2/18/enqu0.htm

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