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 Les chiffonniers du Caire

les Zabaleen du Caire : gestion des déchets et émergence de créativités autour du recyclage "

22 Janvier 2009, 16:44pm

Publié par Les chiffonniers du Caire

CONFERENCE : " les Zabaleen du Caire : gestion des déchets et émergence de créativités autour du recyclage "

 

Dr. Leïla KAMEL ISKANDAR

Association pour la Protection de l’Environnement (APE),

Le Caire, Egypte

 

Président de séance : Mme Fatima ELMDARI

Modérateur : M. Mustapha BRAQUEZ

Rapporteur : Mlle Aïcha AIT EL HAJ

La problématique générale

Le Caire est une mégalopole, ceinturée par plusieurs villages. En 1940, la ville comptait 2 millions d’habitants et la collecte des déchets était déjà organisée. Actuellement, 14 millions d’habitants produisent 9000 tonnes de déchets par jour. Le tiers de ces déchets est géré par le secteur informel avec un taux de récupération de 90 %.

Autrefois, la collecte des ordures par le secteur informel, se faisait par des charrettes, tirées par des ânes. A partir des années 1990, à la suite d’une réglementation officielle, le ramassage a commencé progressivement à s’organiser et s’effectue avec des véhicules motorisés.

Selon une étude de l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID), réalisée dernièrement, le tiers de la pollution atmosphérique au CAIRE est dû à l’incinération des ordures.

Les déchets solides sont un problème qu’il faut gérer, à l’échelle du CAIRE, de sa périphérie, ou plus globalement à l’échelle nationale. Leur gestion doit se faire au moyen de la récupération et du recyclage, et non pas par l’élimination (enfouissement ou incinération), option la plus adoptée par les municipalités. Ces dernières n’en font pas une priorité, ce qui a favorisé une gestion communautaire des déchets par le secteur informel.

Ce dernier, malgré ses réalisations actuelles, l’efficacité et les efforts déployés dans la gestion des déchets, n’est pas encouragé par le Gouvernement, voire même marginalisé par les municipalités, les bailleurs de fonds et le secteur privé local.

Paradoxalement, l’implantation des Zabaleen dans les quartiers périphériques du CAIRE et la quantité sans cesse croissante des déchets font que les municipalités ne peuvent aujourd’hui se passer d’eux.

Comment gérer ce dilemme ? une stratégie de survie était nécessaire pour le secteur informel.

o                              S’organiser à travers des ONG de manière à institutionnaliser leur emploi ;

o                              Sensibiliser les enfants (en priorité dans les quartiers aisés) à la problématique des déchets ;

o                              Mettre en place des technologies locales et les transférer par la suite du CAIRE vers les autres villes;

o                              Tenir compte de toutes les composantes sociales localement présentes. Par exemple, au CAIRE, la quantité de déchets de nature organique est plus importante, et par conséquent le compostage est l’option de gestion la plus appropriée ; en revanche, au SINAI, région touristique habitée par les communautés bédouines, la matière organique est directement récupérée pour l’alimentation des animaux.

Du point de vue environnemental, la gestion des déchets solides par le secteur informel apparaît comme étant le système le plus approprié (pas d’autre alternative). De plus, du point de vue économique, c’est une activité génératrice d’emplois (chaque tonne de déchets génère de 10 à 11 opportunités d’emplois).

Problèmes et contraintes du secteur informel

Les personnes travaillant dans ce secteur sont :

1) pour la plupart analphabètes ;

2) non représentées politiquement ;

3) non organisées en association ;

4) n’utilisent que des technologies de base ;

5) ne peuvent potentiellement assurer que la gestion du tiers des déchets produits.

Avantages du secteur informel

Toutefois, ce secteur présente des points forts :

·         la régularité dans le collecte et la récupération des déchets ;

o                              le très fort potentiel de tri, quoique manuel ;

o                              le très fort sentiment de solidarité (20 000 personnes du même quartier) ;

o                              l’intégration de jeunes qui étaient auparavant marginalisés par la société ;

o                              la création d’emplois pour les jeunes (chaque tonne de déchets crée 10 à 11 opportunités d’emplois).

Constats de l’Association pour la Protection de l’Environnement (APE)

Les déchets sont une ressource communautaire qui doit être valorisée et non éliminée. Leur gestion doit tenir compte à la fois des considérations environnementales et sociales.

Le projet, mené par l’APE auprès des Zabaleens du CAIRE a atteint une phase où il génère des revenus ; l’activité de compostage à elle seule produit un revenu annuel d’environ 1.000.000 Dollars US.

Un des principaux problèmes auxquels le projet de compostage a été confronté est celui du tri qui se faisait manuellement sur les décharges ou dans les rues. D’où l’idée de mettre en place le tri à la source, afin de réduire les risques sanitaires liés à la manipulation manuelle de ces déchets, sans toutefois affecter la qualité du travail. En effet, les personnes chargées du tri récupèrent dorénavant le papier à partir des institutions, et le coton résiduel à partir des usines de textiles.

Parallèlement à ce projet de récupération et de recyclage, des activités de formation informelle se sont mises en place :

o                              Alphabétisation,

o                              Camps de vacances,

o                              Formation professionnelle,

o                              Sensibilisation/information sur l’hygiène, la planification familiale, etc.

o                              Production d’articles issus du recyclage, qui font l’objet d’exportation (en Amérique ou en Europe), et ceci dans le cadre des initiatives de " commerce équitable ".

Le projet, à travers ces activités, tend globalement à promouvoir une équité sociale effective pour des communautés qui étaient démunies et marginalisées par la société.

Conclusions

L’APE, à travers ce projet communautaire pour la gestion des déchets, a adopté en tant qu’association des principes fondamentaux à savoir :

o                              Etre libérée de la contrainte des financements extérieurs afin de prendre en main sa destinée ;

o                              Accepter les appuis sous forme de mise à disposition de matériel et de programmes de formation, mais non les dons de charité ;

Impulser une nouvelle dynamique de développement en faisant appel aux savoir-faire locaux.

source : http://www.globenet.org/preceup/pages/fr/chapitre/capitali/cas/recy_c.htm

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