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 Les chiffonniers du Caire

L’histoire du Mokkattam

10 Décembre 2008, 10:19am

Publié par Les chiffonniers du >Caire


En ce temps là le gouverneur Al-Mu'iz Li-Din Illah passionné de débats littéraires s'intéressait beaucoup aux controverses religieuses.

Il avait l'habitude de rassembler régulièrement les chefs religieux des communautés musulmanes, chrétiennes, et juives pour qu'ils débattent en sa présence.

Un membre de l'entourage d' Al-Mu'iz provoqua pour des raisons personnelles une controverse entre des représentants des communautés chrétiennes et juives.

A cette occasion il fut suggéré au calife de mettre à l'épreuve les chrétiens sur un verset de l'évangile de Saint Matthieu (17 : 20)

" …Je vous le dit en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle se transporterait ; rien ne vous serait impossible. "

Le calife Al-Mu'iz fit venir Amba Abram le syrien et lui dit de prouver que les paroles du Christ étaient vraies et la religion chrétienne juste en déplaçant la colline du Mokattam vers l'est ce qui permettrait l'extension de la nouvelle ville du Caire.

En cas de refus ou d'incapacité à réaliser cet exploit la communauté chrétienne aurait à choisir l'une des alternatives suivantes : se convertir à l' islam ou quitter l'Egypte.

Le patriarche atterré demanda et obtint du calife un délai de trois jours avant de lui donner sa réponse.

Il pria Dieu de l'inspirer et appela le peuple copte et toute l' Eglise d'Egypte à jeûner avec lui les trois jours du lever au coucher du soleil et à prier avec ferveur pour écarter cette épreuve.

Le troisième jour à l'aube la Vierge Marie apparut à Amba Abram en songe et lui dit :

" N'aie pas peur, fidèle berger, …les larmes que tu as versées dans cette église, les jeûnes et les prières que toi et ton peuple avez offerts ne l'auront pas été en vain. Lève-toi et va à la porte de fer qui donne accès à la place du marché. Tu y trouveras un homme borgne portant une jarre d'eau. C'est par lui que le miracle aura lieu. "

Le patriarche trouva l'homme où la Vierge Marie le lui avait indiqué.

Lui ayant expliqué ce que lui avait dit Marie, Saint Samaan lui répond : " Pardonnez-moi père, je ne suis qu'un homme pêcheur ".

Amba Abram insiste " C'est l'ordre de la Mère de la Lumière ! "

Saint Samaan alors se soumet et répond avec humilité : " si la Mère de la Lumière a décidé de me charger de cette mission je me mets entièrement à votre service ".

Le Patriarche qui ne le connaît pas l'interroge alors et lui demande son nom et la raison de sa présence sur la place du marché si tôt le matin quand tout le monde dort.

Saint Samaan lui dévoile sa vie en le pressant de ne la révéler à quiconque avant qu'il ait quitté cette terre.

Ensuite il indique à Amba Abram dans quelles conditions le miracle pourra avoir lieu :

" Vous monterez sur la colline avec tes évêques, prêtres, diacres et archidiacres portant haut Bibles, croix, flambeaux et encensoirs allumés.

Vous demanderez au calife de monter aussi sur la colline avec son cortège et de se mettre face à vous sur le côté opposé du sommet.

Quant à moi, je serai parmi le peuple derrière vous où l'on ne me reconnaîtra pas.

Célébrez les divins mystères et après la communion eucharistique répétez avec tout le peuple en esprit d'humilité et avec un cœur brisé cent fois à l'est, cent fois à l'ouest, cent fois au nord et cent fois au sud : Kyrie Eleison (Seigneur aie pitié de nous).

Ensuite en silence toi et ton clergé adorez Dieu à genoux les mains tendues vers le Très Haut puis levez vous et fais le signe de la croix sur la colline. Ainsi trois fois et tu verras la gloire de Dieu. "

Le Patriarche s'en alla dire au calife Al-Mu'iz qu'il était prêt à réaliser sa demande avec la grâce de Dieu.

Le calife se rendit au sommet de la colline sur son coursier suivi par sa cour, ses hauts dignitaires et ses soldats.

En vis à vis se tenait le Patriarche Abram avec son clergé et nombre de ses fidèles et parmi eux Saint Samaan le tanneur.

Les choses se passèrent comme Saint Samaan l'avait demandé et au premier signe de croix fait par le Patriarche sur la colline il se produisit un grand tremblement de terre et la colline se souleva puis retomba.

Et ainsi à chaque signe de croix.

Telle est la puissance de la foi comme l'a déclaré Saint Paul notre maître : " je puis tout par Celui qui me rend fort " (Phil 4 :13)

Le calife et son entourage furent saisis de peur et il s'écria : " Dieu est grand ; que Son nom soit bénit "

Il supplia Amba Abram d'arrêter ce qu'il faisait de peur que la colline n'écrase la ville et quand tout s'arrêta il lui témoigna son respect et le droit de rester en Egypte en lui accordant l'autorisation de reconstruire ou de restaurer nombre d'églises dont celle de Saint Markorios Abu Sifein du Vieux Caire.

Quand le Patriarche se retourna pour chercher Saint Samaan il ne le vit plus et plus personne n'entendit parler de lui jusqu'à ces dernières années.

On a cherché à savoir s'il pouvait exister des " preuves " historiques de ce miracle et de l'existence de Saint Samaan.

La colline a le nom de Mokattam qui veut dire " découpée ". En effet elle présente trois failles qui la traversent.[1]

 

C’est en 1969 que les premiers chiffonniers s’installent sur la montagne du Mokkattam au temps du président Gamal Abdel Nasser. Le gouvernement déplace alors les collecteurs de déchets à la zone de Manshiyat Nasir, sous la montagne de Mokkattam.

En 1972, un homme nommé Farhat remarque ces ramasseurs de poubelles au Caire. Ils les suit et voit où ils vivent, au Mokkattam. Deux années durant il va prier aux cotés des chiffonniers touché par leur condition. Alors qu’il se trouve au Mokkattam, un grand vent se lève, les feuilles de papiers se mettent à voler dans tous les sens. Une feuille vient alors se coller contre sa poitrine. En la retirant il y découvre un passage de la bible,

Actes 18,9-10. « Une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision : Sois sans crainte, continue de parler, ne te tais pas. Je suis en effet avec toi et personne ne mettra la main sur toi pour te maltraiter car, dans cette ville, un peuple nombreux m’est destiné ».

A la lecture de ce passage, Mr Farhat se rendit auprés du Pape Shenouda et lui fit part de la condition des chiffonniers, l’implorant de venir leur construire une église afin qu’ils puissent s’y recueillir. C’est en 1986 que la première église verra le jour. Ce même Mr Farhat deviendra lui même en 1978, prêtre et s’appelle aujourd’hui Abuna Samaan, du nom du Saint qui avait aidé à déplacé la montagne du Mokkattam. On lui attribue beaucoup de miracles. Sa femme est aussi très engagée dans la vie paroissiale auprès des chiffonniers[2].

Il faudra attendre 1982-83 pour qu’une autre personne soit touché par le sort des chiffonniers. C’est Sœur Emmanuelle. A son tour, touchée par leurs conditions de vie, elle payera le gouvernement Egyptien afin que l’eau et l’électricité soient installés au Mokkatam.

 

 



[1] Source : http://eocf.free.fr/saint_samaanl.htm

[2] Pour plus de détails consulter le site : http://www.cavechurch.com/Tin_Church/chronology.asp

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